Mardi 23 décembre 2008

Sorti de la douane, valise à roulette vide pour mettre les achats dedans et sac à dos avec moi, je me fais sauter dessus en moins de 30 secondes par 4 chauffeurs de taxi différents. Comme ma première aventure à HK après l'aéroport, ces gens là sont aussi chauffeurs de taxi que je suis proxénète. C'est-à-dire pas. Il faut être désagréable si on veut se débarasser d'eux, la politesse n'est pas de mise. J'ai essayé les deux méthodes et la chinoise est la plus efficace. Comme mon président, je joue à "casse toi pauvre con".

Mais quand même ça me fait pas trop rigoler de me retrouver tout seul sans trace de Patrick nulle part. Il est petit et chinois, comme tous les gens ici. On s'est donnés rendez-vous à l'entrée du centre commercial, ce que je ne savais pas c'est qu'il y avait 5 centres commerciaux et au moins deux entrées par centre. Bien que Shenzhen soit à 30 mètres du territoire de Hong-Kong (une rivière mieux gardée que le Rubicon les sépare), le téléphone ne marche pas. On ne plaisante pas avec ma Chine Populaire. Hong-Kong c'est Hong-Kong, La Chine c'est la Chine.

Après allées et venues en tous sens et je l'avoue un petit sentiment de panique à un moment donné (je parle cantonais mais pas suffisemment bien pour expliquer un problème complexe) je finis par trouver mon petit colocataire allant et venant sur le parvis gigantesque.

Direction shopping.

A peine entrés dans le shopping center, on se fait sauter dessus par un type qui nous met dans la main la carte de visite de son magasin, et qui nous accompagne dans l'ascenceur jusqu'au dit magasin, histoire d'être sûr d'avoir bien ferré le poisson. Mes amis Français et Hong-Kongais m'ont demandé de rapporter des imitations. Oui c'est très mal, c'est vilain et c'est méchant. Ca supprime des emplois en Europe et patati et patata. Pour quelqu'un qui veut travailler dans l'industrie du luxe, je sais tout cela parfaitement. Mais si la contrefaçon rogne de 10% les profits de groupes comme LVMH ou Richemont, qui étaient en forte croissance jusqu'à la crise financière, elle fait vivre des dizaines de milliers de personnes en Chine, à tout le moins. Il faut toujours voir l'envers du décor. Cela dit, c'est très mal, encore une fois.

Mais en y regardant de plus près, les grandes marques n'ont pas vraiment de souci à se faire. Lorsqu'on a un peu l'oeil, et même pas du tout, il est quasiment impossible de ne pas faire la différence entre l'orinigal et le contrefait. Si la forme et la couleur sont globalement respectées, les détails sont baclés et moches à vomir. Comme dirait Père, qui a souvent raison, "on en a pour son argent", et en Chine c'est encore plus vrai qu'ailleurs.

Nous voilà donc dans le fameux magasin pas plus grand que 6 mètres Carrés, assis sur des tabourets de camping jaune, rouge et bleu, coincés entre des mauvaises copies de Longchamp et "Bourberry" (=>spéciale dédicace, l'intéressée se reconnaîtra ^=^). On me met un catalogue japonais entre les mains avec tous les modèles ou presque. Gucci et Vuitton sont sur-représentés. La raison est simple, les modèles sont relativement peu complexes, il s'agit de toile et non de cuir, en clair aisé à fabriquer et très économique. Ce sont aussi ceux qui se vendent le mieux, car très ostentatoires. Je demande alors à voir un Cabbas Gucci noir, commande d'une amie à HK. Comme les magasins sont tout petits, il n'y a aucun stock. Ils téléphonent aux boys du shopping center qui vont dans la réserve chercher ce que vous voulez regarder, pendant ce temps le vendeur vous baratine.

Je raconte ce passage car c'est assez croustillant. La vendeuse est une jeune femme à la dentition hasardeuse. Elle me donne du "handsome boy" en veux tu en voilà, comme si ça allait délier ma bourse. Je vois le Gucci arriver. Une VRAIE MERDE. Je fais signe à Patrick que je n'en veux pas, l'étiquette se décolle, la toile est mal cousue, il n'y a aucun détail de respecté, elle me dit que c'est du "lial lédaa" (real letather) alors que ça pue le plastique chimicos à souhait. Je lui montre tous les défauts et sa seul réponse est "give new one for you la" "have new one have new one". Je demande le prix par curiosité. 500 RMB. Plus de 50 euros. Je lui demande si elle est folle, ça n'en vaut même pas 50 !!!! on décide sont de s'en aller.

D'abord elle m'agrippe le bras en me hurlant "give more discount for you, have new one". Je lui dis poliment que je m'en vais et essayaie de me dégager. J'arrive à me défaire de ses griffes, me lève, attrape ma valise et tente une sortie. Elle a mon avant bras dans une main, et avec l'autre main elle me barre la sortie. Tout son corps bloque la porte. Je ne peux pas sortir. Je lui redis que je ne veux pas de son truc, même pour 50 RMB, même pas pour 10. Elle devient complètement hystérique et se met à hurler "have new one, have new style". Poliment 2 fois. La troisième j'en ai eu marre, le handsome boy lui est rentré dedans, je l'ai dégagée de la sortie sèchement et efficacement. Comme si c'était pas fini, elle nous a suivi dans l'allée avec la calculatrice en main. On aurait dit Médusa.

Heureusement, c'est la seule qui nous ait fait un cinéma pareil.

Le shopping mall est GIGANTESQUE. Quatre étages de petits magasins, il y en a des dizaines et des dizaines par allée. Ce ne sont que des marchands de polos contrefaits, de sac vuitton, de ceintures, de baskets. Quelques magasins l'electronique, de fourrure et quelque tailleurs se trouvent de ci de là. Deux ou trois boutiques de thé attrape couillon (j'adore les vrais faux certificats pour des théières vintage en argile de Yizing qui valent moins cher que la production de masse vendue à Hong-Kong) et des graveurs de sceaux en jade. Enfin en jade, peut-être.

Tout les vendeurs ou presque sont dehors dans les allées pour attraper le bêta occidental. Cette bête là a plusieurs avantages : elle a beaucoup d'argent, n'aime pas ou ne sait pas négocier, ne sait pas dire non, et ne comprend pas chinois. Je me plaignais de l'accent Hong-Kongais, je n'avais encore rien vu ou entendu !!
"Come buy see bag you happy laa" "coming see fashon gooz" "come buy happy" autrement dit n'importe quoi. Il y a un truc très marrant, que ce soit à Hong-Kong ou en Chine, aucun, je dis bien aucun, ne sait faire la différence entre l'auxiliaire avoir et l'auxiliaire être. Au lieu de dire "there is" ou "there are" ils disent tous "have". "Have three colours" "have three sizes". "Do you have this ?" réponse "have". Cela vient de la grammaire chinoise et de la gramaire cantonaise. Dans la plupart des cas, on peut utiliser indifféremment 'haai' ou "shi' en chinois et 'yau' qui signifie avoir. Mais ce qui est étonnant, c'est que quand on le fait remarquer aux Hong-Kongais, qui sont très fiers, ils disent "oh oui tout le monde fait la faute", mais ne prennent jamais soin de rectifier leur propre language. D'un côté ils veulent améliorer leur Honglish et d'un autre côté ils ne veulent jamais reconnaître quand ils ont tord. Amusant non ? J'ai passé un bonne demi heure à expliquer à une collègue qui me demandait la différence entre "it's different" and "there is a difference", entre l'adjectif et le nom. Bien qu'elle ait tout compris, le lendemain, elle m'a redit plusieurs fois 'it's difference". Mais bon on se comprend quand même c'est l'essentiel. Ce qui devient ennuyeux c'est quand ils ne comprennent que leur grammaire et pas celle de l'anglais normal. Parfois je suis obligé de faire intentionnellement des fautes de grammaire ou de prononciation pour me faire comprendre.

Enfin nous sommes en Chine après tout, je n'ai qu'à parler chinois si je suis si malin ^=^

A Hong-Kong, demander 40% de discount au début, ça peut passer, même si c'est un peu chaud. A Shenzhen, il faut diviser tout de suite par 10. Je me souviens avoir vu un sac imitation Gucci, en leal lédaa encore une fois, et on m'en demandait 1400RMB. 140 euros pour de la toile et du plastique. Je suis parti avec pour 200RMB et je crois que j'aurais même pu m'en tirer pour 150.

Je vais refaire une petite digression sur le marchandage, parce que ça vaut son pesant de cacahuètes. A hong-Kong faut jouer un peu, ) Shenzhen c'est carrément le théâtre. Si vous êtes plutôt introverti, c'est pas la peine. Qu'est-ce qu'il faut faire comme drâme. Il faut crier au scandale quand on nous donne le premier prix. Il faut montrer tous les défauts du produits. Se casser du magasin à la première occasion et on finit le marchandage dans l'allée. C'est très divertissant, mais à la longue, pour un occidental habitué aux prix fixes, c'est pénible de devoir perdre du temps à chaque fois. On finit toujours par avoir un bon prix de toute façon. Mais c'est très chinois, ils jouent, jouent jouent pour voir jusqu'on peut aller. Ils adorent ça !! Les marchands vous respectent si vous détruisez leurs prix en montrant pourquoi. Ils vous prennent pour un gogo si vous bronchez pas. C'est pas un problème en Chine de dire que le produit c'est de la merde, parce que de toute façon c'est  vrai !!

 

La prochaine fois que je retourne à Shenzhen, ce ne sera pas pour acheter du faux parce que ça va bien 5 minutes hein, mais pour faire faire du sur mesure. Pour 150 euros, on peut se faire faire 5 chemises en une après midi. Les costumes doivent aller chercher dans les 60 euros. Même pas le prix d'une veste mal taillée et à la mauvaise taille chez Armand Thierry...

Je crois que j'ai trouvé mieux et plus kitch que le Sac Chien pour Chanel... Ma chatte a gagné une vraie fausse laisse Louis Vuitton. Quelle classe ! Mes amis c'est d'un goût !!!!

Chose beaucoup moins classe ce sont les énormes récipients qui servent de poubelle et de crachoirs.

Fâtigués par ce marchandage acharné, les valises pleines à craquer, Patrick et moi nous offrons un massage. Il y a des dizaines de petites échoppes qui proposent leurs services. 6 euros l'heure de massage. Sympa non ? Je me suis donc fait raboter le dos en règle, je n'ai pas crié bien que j'en ai eu plus qu'envie. Je suis tellement coincé que mon amie a dû y aller avec les coudes. J'ai aimé, beaucoup.

Il est 21 heures, nous avons faim, mais nous voulons encore plus de massages.
Direction le spa... mais ceci est une autre histoire !!

See you tomorrow !

Par Alex-in-HK
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Lundi 22 décembre 2008
deux même à deux voyageurs partis réalier pour la troisième fois leur rêve dans un pays magique.

Je pense (un peu) fort à vous !

Je veux rire à faire pipi (et un peu p*****r) dans ma culotte en vous entendant conter vos histoires bridées et débridandes.

Vous me manquez tant...
Par Alex-in-HK
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Lundi 22 décembre 2008
Mes très chers lecteurs,

Mes plus sincères excuses pour ce black out total ces dernières semaines. Comme vous le savez, la vie à Hong-Kong est plutôt busy busy ^^

Je ne sais plus par où commencer du coup !
Je pense que le récit de mes aventures va être plutôt décousu. Les amateurs de l'ordre chronologique vont être déçus !!

Bien bien bien... que m'est-il arrivé de si palpitant qui mérite un si long silence ?

Comme certains le savent probablement, je suis allé en Chine. Deux fois. Ce qui signifie que j'ai grillé mon visa deux entrées et que mon entreprise doit m'en faire refaire un...

Donc il y a un petit moment, quelque chose comme un mois je suis allé avec Patrick, mon flatmate, à Shenzhen.

Shenzhen est une ville nouvelle, tellement nouvelle qu'aujourd'hui ça fait 10 fois Hong-Kong en superficie, là où il y a trente ans il n'y avait que des champs. Et puis ça pousse comme des champignons, il y a des buildings dans tous les sens, tout est neuf archi neuf, les routes, les avenues, les maisons, les immeubles, les parcs, les arbres, les gens...

Honnêtement, pour ce que j'en ai vu, c'est plutôt une jolie ville ! Mais... c'est tout plein de chinois, donc c'est déjà dégueu.

Ne mettons pas la charrue avant les boeufs, racontons cette escapade dans l'ordre.

Nous avons donc pris le MTR avec Patrick de notre appartement jusqu'à Lo Wu, qui est la dernière station avant la frontière chinoise. Blindé de gens dans le MTR, nous sommes dimanche après tout ! Patrick et mois échangeons nos Hong-Kong dollars contre des RMB et manque de chance, le taux de change est réellement pourri... Ici pour parler des HK$ on dit des "Honkies", et en cantonais les RMB (jeun min pi en mandarin) sont les "ya man paï". Bref une jolie liasse de billets tous marqués du Grand Timmonier en main, nous roulons 45 minutes vers la Chine Populaire. Motherland, ou encore Mainland, l'Empire du Milieu ou plus exactement le "pays de la crachouille".

Je remarque que dans le train la populace, pour parler propre, n'est pas la même que d'habitude. Déjà chose estrange s'il en est à Hong-Kong, ça shlingue grâve dans le métro. Mais quand je vous dit que ça pue, ça daube bien ! Je demande discrètement à Patrick pourquoi à son avis, sa réponse est courte et éloquente "everybody speaks mandarin". Mon premier contact avec des Mainlanders, les "Country pumpkins" comme dit Patrick (adaptation possible : les culs terreux ou encore les gros plouks) est pour le moins "odorant". J'ai posté un article sur les dents des Hong-Kongais qui sont à des années lumière des sourires colgate à l'Américaine, je vous épargnerai un article sur l'absence de dents des chinois. Plus facile pour cracher me direz vous.

Nous arrivons donc à Lo Wu, ville ridicule dont la vie se concentre autour de la douane. Douane où nous nous dirigeons d'ailleurs. Ah le régime communiste et les joies de la paperasserie. Je rassemble mes affaires devant moi pour ne pas me faire avoir par les pick pockets. En Chine, lorsqu'on est blanc et qu'on porte son sac à dos sur le devant, ça veut dire 'je suis pas totalement un pigeon'. Si on a tout sur les poches de devant, là c'est carrément "fuck you sale voleur". Je remplis donc les multi papiers d'entrée et de sortie du territoire de Hong-Kong et de Chine populaire !! Les douaniers sont tout de bleu vêtus avec les insignes de la République  !! La faucille communiste n'est même pas vintage. Je me prends pour James Bond, mais je n'en mène quand même pas large, parce qu'ils ont pas l'air aimable tous ces chinois, et encore moins ceux avec les chiens et les gros fusils d'assault. Le passage de frontière est long car ils contrôlent tout. C'est très moderne, pas comme en France. Le passeport est lu par une sorte de fente et toutes les infos vous concerant apparaîssent à l'écran, d'où vous venez, pourquoi, où vous habitez, la couleur de vos cheveux, la taille de votre pénis... Je me demandais aussi pourquoi ils me regardaient avec tant d'admiration... Mis à part la plaisanterie de mauvais goût, leur travail est de vous deshabiller du regard et ils le font particluièrement bien !

Je suis passé par le coin des "étrangers"... Merci à la Chine populaire de faire sentir que vous êtes le bienvenu. Files "Hong-Kong people" "Mainland Chinese" et "Foreigners". Je dois retrouver Patrick à la sortie, mon téléphone ne marche pas, mon mandarin est plus que moyen... c'est l'aventure !!!

La suite demain ^^
Par Alex-in-HK
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Mercredi 22 octobre 2008
Le mot malentendu vient de mal et entendu, comme son nom l'indique.
Et c'est exactement ce qui m'est arrivé !

J'étais à un barbecue avec un ami et les collègues de cet ami. Discussion animée autour de l'âtre central lorsqu'une de ces collègues pointe vers lui sa broche et sa saucisse et lui crie d'une voix hyper sensuelle à la chinoise (souvenez-vous du karaoke) : SEXY

Je me suis dit "whaaa, et dire que les français ont la réputation d'être des dragueurs, les chinois font de la drague sauvage, brochette en main". Après je n'arrête pas de taquiner mon ami M. en désignant la chinoise et en lui faisant des oeillades appuyées. Mais quelque chose n'allait pas dans son regard.

Quand il s'est mis à crier SEXY à son patron, je me suis dit : soit ils sont très ouverts dans cette boite, soit j'ai encore rien compris.

MAL ENTENDU = MALENTENDU

Il fallait comprendre Sek Shi, qui littéralement veut dire "manger-merde". Traduction possible "va manger de la merde". Adaptation en français : "Va chier"

No comment
Par Alex-in-HK
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Mardi 21 octobre 2008
Mon boulot depuis quelques temps consiste uniquement à trouver de l'argent par tous les moyens légaux à ma disposition. Après avoir retourné les archives de la boite, je dois maintenant jouer au détective et rechercher tous les clients qui nous doivent des sousous. Et il y en a un paquet. Naturellement dirais-je, je m'occupe des clients français.



Ils ne peuvent maintenant plus se cacher derrière les "je pas comprendre" pour éviter de payer. Après une fasitdieuse phase de jeu de piste, je finis par me monter un fichier à peu près à jour des adresses, mails, téléphones et fax des sociétés en question. Certains outstandings ont plusieurs années, donc les informations de contact dans les entreprises et les personnes en charge des différents dossiers ont bien évidemment changé. Autant dire que je connais par coeur googlemap, pagesjaunes.fr et tous les autres sites d'information sur les entreprises.

Et ya de quoi se marrer : entre ceux qui ont fait faillite, ceux qui ont disparu du jour au lendemain sans laisser de traces sauf dans nos comptes, ceux qui ont des adresses bidons, des téléphones qui sont des fax mais auquels on ne peut pas envoyer de fax (???), les websites des entreprises qui n'affichent pas leurs coordonnées, des entreprises qui n'existent plus, celles qui ont changé de nom... c'est assez sportif. Il y en a même qui n'ont jamais existé.



Mais ne nous décourageons pas, passons à la phase d'approche: comment amaouder le comptabler qui va me répondre, parce que souvent, j'appelle pour demander beaucoup d'argent ?
Si tu veux te faire payer, t'as plutôt intérêt à y aller en douceur. C'est pas la peine de ramener tes gros sabots en disant "euh bon les ptis amis, ça fait deux ans que vous nous devez **********$; il serait peut être temps de nous payer maintenant"... J'ai trouvé une méthode jusque là imparable : grâce à elle, j'appelle pour demander de l'argent, et c'est mon interlocuteur qui me dit merci à la fin de la conversation. Génial non ?

Bon OK ça marche pas quand tu tombes sur un Grizzli, mais ça marche à fond sur les comptables femelles, qui est l'espèce la plus répandue. Les mâles représentent plus ou moins 20% de la population totale, car j'ose le croire, aussi sûrement que la mante religieuse dévore son homme après le coït, seuls les plus résistants des comptables mâles survivent dans ces milieux très féminins (donc hostiles).  Just kidding, je bosse avec des comptables tous les jours, et mon département est beaucoup plus fun que le shipping ou le merchandising. Même si ça s'appelle "Finance". Et je ne le répèterai jamais assez, mes collègues sont tous adorables, aussi bien en France qu'à Hong-Kong. Quelque chose de symptômatique : il n'y a que le département finance qui organise des sorties de groupe pour s'amuser et resserer les liens entre collègues.



Comment faire payer un client sans qu'il s'en rende compte (peut-être). D'abord, je l'appelle pour dire que je veux vérifier un truc. Genre on "a regardé nos comptes ya pas longtemps, et certaines factures restent pour nous à ce jour impayées". "Je vous appelle pour vérifier avec vous s'il s'agit d'une erreur de notre part". J'ai tendu un susucre. Un comptable ne résiste jamais longtemps devant l'opportunité de vérfifier quelque chose. Et comme un comptable, chose tout à fait louable, a horreur d'être dans le faux, il m'assure qu'il régularisera la situation au plus vite. Pour moi la traduction c'est "PAR ICI LES SOUS".

Mes collègues ont compris le truc : s'ils veulent me faire piger quelque chose en finance - la tâche est ardue avec moi - il faut qu'ils rajoutent le symbole d'une monnaie à la fin de chaque chiffre. Le commercial qui est en moi réagit aussitôt. Et comme par enchantement, mon esprit est clair, très clair. Le mieux, c'est quand on joue avec des pièces et des billets pour modéliser les flux de capitaux : là je pige à fond. Bon je ne suis pas aussi primaire, mais quand mon Dir Fi m'explique quelque chose, je fais toujours des dessins et des schémas pour être sûr d'avoir bien compris ce qui se passe.



Petit florilège de ce qu'on me répond au téléphone. Je vous donne le TOP 3 :
3 : Mais vous êtes qui vous ?
2 : Hong-Kong ? Mais on a jamais fait de business avec le Japon ?
1 : Vous nous avez envoyé de la MERDE. On vous paiera JA-MAIS.

Le pire (le mieux) c'est quand je tombe sur une PME. Comme tout le monde s'occupe plus ou moins de tout, mon interlocuteur est rarement "uniquement" comptable. Et j'ai droit à toute une diabtrybe sur l'historique commercial : "et vous ne nous avez pas envoyé ceci, et on aime pas ceci, on préfère cela, la couleur du bonnet n'allait pas, la taille de la veste ne correspondait pas..." C'est pas trop pénible quand les gens ne font que se plaindre : il suffit juste de savoir répérer quand ça démarre et quand ça finit et de déclencher le mode automatique "Oui je comprends, Oh oui je vois, hum hum". Ca devient fun quand le gars s'excite après moi au téléphone.

Lassé d'attendre et d'attendre que mes clients vérifient deux factures et demies, je finis par acheter un Lucky Cat, celui qu'il y a à l'entrée de tous les magasins asitiques. Celui qui a la patte levée et qui l'abaisse sans arrêt pour attirer les SOUS. Au marché de nuit j'ai négocié deux lucky cats en plastique doré, s'il vous plait, en cantonais qui plus est, et depuis l'un d'eux trône au dessus de mon téléphone avec la patte qui fait balancier sans arrêt. Et ça a l'air de marcher ! J'ai davantage de clients qui me payent. Moralité : j'ai tapissé mon bureau d'images de Lucky Cat. J'ai même Chanel en fond d'écran qui me file un coup de patte.



Je reviens vers W. pour lui dire qu'un client a payé. Je lui demande comment on dit "Paid" en contonais.
Elle me regarde, sourire géant : FOU FOUN

J'ai encore mal au ventre
Par Alex-in-HK
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