Sorti de la douane, valise à roulette vide pour mettre les achats dedans et sac à dos avec moi, je me fais sauter dessus en moins de 30 secondes par 4 chauffeurs de taxi différents. Comme ma
première aventure à HK après l'aéroport, ces gens là sont aussi chauffeurs de taxi que je suis proxénète. C'est-à-dire pas. Il faut être désagréable si on veut se débarasser d'eux, la politesse
n'est pas de mise. J'ai essayé les deux méthodes et la chinoise est la plus efficace. Comme mon président, je joue à "casse toi pauvre con".
Mais quand même ça me fait pas trop rigoler de me retrouver tout seul sans trace de Patrick nulle part. Il est petit et chinois, comme tous les gens ici. On s'est donnés rendez-vous à l'entrée du
centre commercial, ce que je ne savais pas c'est qu'il y avait 5 centres commerciaux et au moins deux entrées par centre. Bien que Shenzhen soit à 30 mètres du territoire de Hong-Kong (une
rivière mieux gardée que le Rubicon les sépare), le téléphone ne marche pas. On ne plaisante pas avec ma Chine Populaire. Hong-Kong c'est Hong-Kong, La Chine c'est la Chine.
Après allées et venues en tous sens et je l'avoue un petit sentiment de panique à un moment donné (je parle cantonais mais pas suffisemment bien pour expliquer un problème complexe) je finis par
trouver mon petit colocataire allant et venant sur le parvis gigantesque.
Direction shopping.
A peine entrés dans le shopping center, on se fait sauter dessus par un type qui nous met dans la main la carte de visite de son magasin, et qui nous accompagne dans l'ascenceur jusqu'au dit
magasin, histoire d'être sûr d'avoir bien ferré le poisson. Mes amis Français et Hong-Kongais m'ont demandé de rapporter des imitations. Oui c'est très mal, c'est vilain et c'est méchant. Ca
supprime des emplois en Europe et patati et patata. Pour quelqu'un qui veut travailler dans l'industrie du luxe, je sais tout cela parfaitement. Mais si la contrefaçon rogne de 10% les profits de
groupes comme LVMH ou Richemont, qui étaient en forte croissance jusqu'à la crise financière, elle fait vivre des dizaines de milliers de personnes en Chine, à tout le moins. Il faut toujours
voir l'envers du décor. Cela dit, c'est très mal, encore une fois.
Mais en y regardant de plus près, les grandes marques n'ont pas vraiment de souci à se faire. Lorsqu'on a un peu l'oeil, et même pas du tout, il est quasiment impossible de ne pas faire la
différence entre l'orinigal et le contrefait. Si la forme et la couleur sont globalement respectées, les détails sont baclés et moches à vomir. Comme dirait Père, qui a souvent raison, "on en a
pour son argent", et en Chine c'est encore plus vrai qu'ailleurs.
Nous voilà donc dans le fameux magasin pas plus grand que 6 mètres Carrés, assis sur des tabourets de camping jaune, rouge et bleu, coincés entre des mauvaises copies de Longchamp et "Bourberry"
(=>spéciale dédicace, l'intéressée se reconnaîtra ^=^). On me met un catalogue japonais entre les mains avec tous les modèles ou presque. Gucci et Vuitton sont sur-représentés. La raison est
simple, les modèles sont relativement peu complexes, il s'agit de toile et non de cuir, en clair aisé à fabriquer et très économique. Ce sont aussi ceux qui se vendent le mieux, car très
ostentatoires. Je demande alors à voir un Cabbas Gucci noir, commande d'une amie à HK. Comme les magasins sont tout petits, il n'y a aucun stock. Ils téléphonent aux boys du shopping center qui
vont dans la réserve chercher ce que vous voulez regarder, pendant ce temps le vendeur vous baratine.
Je raconte ce passage car c'est assez croustillant. La vendeuse est une jeune femme à la dentition hasardeuse. Elle me donne du "handsome boy" en veux tu en voilà, comme si ça allait délier ma
bourse. Je vois le Gucci arriver. Une VRAIE MERDE. Je fais signe à Patrick que je n'en veux pas, l'étiquette se décolle, la toile est mal cousue, il n'y a aucun détail de respecté, elle me dit
que c'est du "lial lédaa" (real letather) alors que ça pue le plastique chimicos à souhait. Je lui montre tous les défauts et sa seul réponse est "give new one for you la" "have new one have new
one". Je demande le prix par curiosité. 500 RMB. Plus de 50 euros. Je lui demande si elle est folle, ça n'en vaut même pas 50 !!!! on décide sont de s'en aller.
D'abord elle m'agrippe le bras en me hurlant "give more discount for you, have new one". Je lui dis poliment que je m'en vais et essayaie de me dégager. J'arrive à me défaire de ses griffes, me
lève, attrape ma valise et tente une sortie. Elle a mon avant bras dans une main, et avec l'autre main elle me barre la sortie. Tout son corps bloque la porte. Je ne peux pas sortir. Je lui redis
que je ne veux pas de son truc, même pour 50 RMB, même pas pour 10. Elle devient complètement hystérique et se met à hurler "have new one, have new style". Poliment 2 fois. La troisième j'en ai
eu marre, le handsome boy lui est rentré dedans, je l'ai dégagée de la sortie sèchement et efficacement. Comme si c'était pas fini, elle nous a suivi dans l'allée avec la calculatrice en main. On
aurait dit Médusa.
Heureusement, c'est la seule qui nous ait fait un cinéma pareil.
Le shopping mall est GIGANTESQUE. Quatre étages de petits magasins, il y en a des dizaines et des dizaines par allée. Ce ne sont que des marchands de polos contrefaits, de sac vuitton, de
ceintures, de baskets. Quelques magasins l'electronique, de fourrure et quelque tailleurs se trouvent de ci de là. Deux ou trois boutiques de thé attrape couillon (j'adore les vrais faux
certificats pour des théières vintage en argile de Yizing qui valent moins cher que la production de masse vendue à Hong-Kong) et des graveurs de sceaux en jade. Enfin en jade, peut-être.
Tout les vendeurs ou presque sont dehors dans les allées pour attraper le bêta occidental. Cette bête là a plusieurs avantages : elle a beaucoup d'argent, n'aime pas ou ne sait pas négocier, ne
sait pas dire non, et ne comprend pas chinois. Je me plaignais de l'accent Hong-Kongais, je n'avais encore rien vu ou entendu !!
"Come buy see bag you happy laa" "coming see fashon gooz" "come buy happy" autrement dit n'importe quoi. Il y a un truc très marrant, que ce soit à Hong-Kong ou en Chine, aucun, je dis bien
aucun, ne sait faire la différence entre l'auxiliaire avoir et l'auxiliaire être. Au lieu de dire "there is" ou "there are" ils disent tous "have". "Have three colours" "have three sizes". "Do
you have this ?" réponse "have". Cela vient de la grammaire chinoise et de la gramaire cantonaise. Dans la plupart des cas, on peut utiliser indifféremment 'haai' ou "shi' en chinois et 'yau' qui
signifie avoir. Mais ce qui est étonnant, c'est que quand on le fait remarquer aux Hong-Kongais, qui sont très fiers, ils disent "oh oui tout le monde fait la faute", mais ne prennent jamais soin
de rectifier leur propre language. D'un côté ils veulent améliorer leur Honglish et d'un autre côté ils ne veulent jamais reconnaître quand ils ont tord. Amusant non ? J'ai passé un bonne demi
heure à expliquer à une collègue qui me demandait la différence entre "it's different" and "there is a difference", entre l'adjectif et le nom. Bien qu'elle ait tout compris, le lendemain, elle
m'a redit plusieurs fois 'it's difference". Mais bon on se comprend quand même c'est l'essentiel. Ce qui devient ennuyeux c'est quand ils ne comprennent que leur grammaire et pas celle de
l'anglais normal. Parfois je suis obligé de faire intentionnellement des fautes de grammaire ou de prononciation pour me faire comprendre.
Enfin nous sommes en Chine après tout, je n'ai qu'à parler chinois si je suis si malin ^=^
A Hong-Kong, demander 40% de discount au début, ça peut passer, même si c'est un peu chaud. A Shenzhen, il faut diviser tout de suite par 10. Je me souviens avoir vu un sac imitation Gucci, en
leal lédaa encore une fois, et on m'en demandait 1400RMB. 140 euros pour de la toile et du plastique. Je suis parti avec pour 200RMB et je crois que j'aurais même pu m'en tirer pour 150.
Je vais refaire une petite digression sur le marchandage, parce que ça vaut son pesant de cacahuètes. A hong-Kong faut jouer un peu, ) Shenzhen c'est carrément le théâtre. Si vous êtes plutôt
introverti, c'est pas la peine. Qu'est-ce qu'il faut faire comme drâme. Il faut crier au scandale quand on nous donne le premier prix. Il faut montrer tous les défauts du produits. Se casser du
magasin à la première occasion et on finit le marchandage dans l'allée. C'est très divertissant, mais à la longue, pour un occidental habitué aux prix fixes, c'est pénible de devoir perdre du
temps à chaque fois. On finit toujours par avoir un bon prix de toute façon. Mais c'est très chinois, ils jouent, jouent jouent pour voir jusqu'on peut aller. Ils adorent ça !! Les marchands vous
respectent si vous détruisez leurs prix en montrant pourquoi. Ils vous prennent pour un gogo si vous bronchez pas. C'est pas un problème en Chine de dire que le produit c'est de la merde, parce
que de toute façon c'est vrai !!
La prochaine fois que je retourne à Shenzhen, ce ne sera pas pour acheter du faux parce que ça va bien 5 minutes hein, mais pour faire faire du sur mesure. Pour 150 euros, on peut se faire faire
5 chemises en une après midi. Les costumes doivent aller chercher dans les 60 euros. Même pas le prix d'une veste mal taillée et à la mauvaise taille chez Armand Thierry...
Je crois que j'ai trouvé mieux et plus kitch que le Sac Chien pour Chanel... Ma chatte a gagné une vraie fausse laisse Louis Vuitton. Quelle classe ! Mes amis c'est d'un goût !!!!
Chose beaucoup moins classe ce sont les énormes récipients qui servent de poubelle et de crachoirs.
Fâtigués par ce marchandage acharné, les valises pleines à craquer, Patrick et moi nous offrons un massage. Il y a des dizaines de petites échoppes qui proposent leurs services. 6 euros l'heure
de massage. Sympa non ? Je me suis donc fait raboter le dos en règle, je n'ai pas crié bien que j'en ai eu plus qu'envie. Je suis tellement coincé que mon amie a dû y aller avec les coudes. J'ai
aimé, beaucoup.
Il est 21 heures, nous avons faim, mais nous voulons encore plus de massages.
Direction le spa... mais ceci est une autre histoire !!
See you tomorrow !





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